Quand Nietzsche s’invite dans l’entreprise

J’ai eu l’occasion de suivre un séminaire très intéressant sur les composantes de Nietzsche et de sa pensée, dans l’entreprise. Attention, c’est du lourd… En 1889, Nietzsche sombre dans la folie, et doit passer les onze dernières années de sa vie sous la surveillance de sa mère et de sa sœur. Depuis quelques années déjà, son œuvre suscitait l’intérêt de grandes figures intellectuelles en Europe. A sa mort, il est considéré comme l’un des plus grands penseurs européens. Depuis, sa réputation a connu des hauts et des bas, en partie à cause de l’utilisation (fallacieuse) que les Nazis ont faite de son œuvre; on peut admettre pourtant que sa pensée a fécondé le 20ème siècle. Par leur forme les écrits de Nietzsche témoignent avec évidence d’intentions intellectuelles qui dépassaient largement la philosophie universitaire. Au lieu de s’adresser à son lecteur à travers des essais traditionnels Nietzsche intègre de la poésie, des énigmes, des aphorismes, des confessions, des invectives, interrompues toutefois par des passages où figurent des arguments conventionnels. Si Nietzsche a pratiqué un tel mélange des genres, c’est qu’il pense que son enseignement ne doit pas faire l’objet d’un jugement rationnel, mais qu’il doit toucher le lecteur à un niveau autrement plus profond. Au lieu de se contenter d`interpréter le monde, Nietzsche, par ses idées, veut le changer. (C’est pourquoi il ne peut nous persuader en des termes qui ne font que refléter les sources et la structure du monde auquel nous sommes confrontés. Il essaie plutôt par son travail de nous frapper au point de transformer notre être dans le monde). Dès les premiers travaux de Nietzsche, on trouve les difficultés et les dangers d’une telle approche. Dans la Naissance de la tragédie, Nietzsche met l’accent sur le rôle de la tragédie dans la création et le maintien de la culture de la Cité grecque. Il ne s’intéresse pas seulement à l’individu, mais à la collectivité ou plus précisément à la structure qui rend possible la culture spécifique d’une culture particulière. Il estime que les Grecs ont résolu ce que nous désignerons comme le problème de l’autorité. Ils ont trouvé le moyen de déterminer ce que signifiait être grec sans que cela repose sur autre chose que leurs propres actions. La tragédie, dit Nietzsche, a joué un rôle essentiel dans le maintien et la renaissance efficace de cette auto certitude. Nietzsche s’interroge alors sur les relations entre la culture et l’autorité dans le monde moderne où il retrouve le même problème; sur quoi peut reposer une culture sans autorité ? Pour Nietzsche, le monde moderne traverse une crise. Elle couve depuis longtemps, ayant ses origines dans la pensée socratique et le christianisme. Sa manifestation la plus visible est ce qu’il appelle « la mort de Dieu ›› et sa caractéristique essentielle est le nihilisme. Par ce terme, il entend la situation dans laquelle les êtres humains continuent à rechercher le principe de l’autorité en même temps qu’ils mettent en place les conditions pour que cette recherche ne puisse aboutir. Cette situation, pensait-il, dominera le monde pendant les deux cents prochaines années. Je trouve que dans les temps actuels, cette pensée est totalement d’actualités, y compris dans l’entreprise. Il n’y a qu’à regarder des entreprises comme Monsanto pour se poser de sérieuses questions sur l’autorité légitime qui nous attend demain. Pas nécessairement très reluisant. Ce séminaire était organisé par l’agence séminaire entreprise, un organisateur de conférence, entre autres. Suivez le lien pour leur contacts.