L’italie pour la flexibilité du travail

La nouvelle loi corrige les rigidités excessives contenues dans le texte qui régit le statut du travailleur en Italie depuis quarante ans! La négociation avec le patronat, les syndicats et les partis politiques a été rude. En ouvrant la discussion en février, Elsa Fornero, la ministre du Travail, s’était fixé un mois pour parvenir à un accord. Il lui en a fallu plus de quatre pour boucler les discussions sans même parvenir à un consensus. Le nouveau président du patronat, Giorgio Squinzi, qualifie la loi de mauvais «navet », tandis que la patronne du puissant syndicat CGIL, Susanna Camusso, estime qu’elle «ne résoudra pas la précarité » des salariés.

L’article 18 sur les modalités du droit de licenciement a donné lieu à un véritable bras de fer. Le compromis intervenu est assez proche de la rupture conventionnelle en France. Salariés et entreprises ­peuvent, d’un commun accord, mettre fin au contrat de travail moyennant une indemnité équivalente à douze ou vingt-quatre mois du salaire. Contrairement à ce que voulaient les syndicats, le travailleur licencié n’a plus le droit à une réintégration automatique – pratiquement la règle actuellement en cas de départ forcé, mais seulement dans le cas où le juge estime le licenciement «manifestement abusif» ou «totalement infondé» sur le plan économique. Emma Marcegaglia, patronne de la Confindustria jusqu’en mai dernier, s’est félicitée de la fin d’un «tabou social».

Le nouveau texte n’est pas uniquement d’inspiration libérale. S’il facilite les licenciements, il étend aussi la protection sociale aux ­catégories exclues des grandes conventions collectives, au nom du principe d’«universalité». Dans un pays où 90 % des entreprises emploient moins de dix salariés, la loi permettra d’étendre l’assurance-chômage à des millions d’employés qui en étaient jusqu’ici privés. C’est en particulier le cas d’un million de jeunes travaillant dans la précarité la plus totale. Pour flexibiliser l’embauche, notamment des jeunes, un nouveau contrat de travail sera instauré, prévoyant une période d’apprentissage de trois ans. L’entreprise sera libre de licencier le salarié pendant cette période probatoire mais devra obligatoirement l’embaucher passé ce délai.