Du phosphore blanc contre l’EI

La coalition anti-Daech ferait usage de bombes au phosphore blanc à Raqqa et à Mossoul pour reconquérir ces deux villes aux mains de l’EI. De quoi s’agit-il? Des images dérangeantes. Des vidéos montrant de tirs de munition au phosphore blanc ont été mises en ligne par les activistes de Raqqa Is Being Slaughtered Silently (RBSS, « Raqqa se fait massacrer en silence »), mais également par l’Aamaq, l’ »agence de presse » de l’organisation Etat islamique (EI). Elles feraient partie de la panoplie d’armes employées pour déloger l’EI de Raqqa, son fief du nord-est de la Syrie.  Ces armes controversées ont aussi été utilisées dans le cadre de la reconquête de Mossoul, la plus grande ville aux mains des djihadistes en Irak, selon l’ONG Human Rights Watch qui dénonce leur usage dans un communiqué, ce mardi.  Le phosphore blanc est employé par les militaires à trois fins: les tirs d’altitude pour illuminer un champ de bataille nocturne, grâce aux flammes éclairantes produites au contact de l’air. À plus basse altitude, il s’agit d’une arme incendiaire. Elle peut aussi être utilisée pour masquer les opérations de l’attaquant en raison de l’épaisse fumée qu’elle dégage.   Mais son usage est très controversé car le produit « s’enflamme au contact de l’oxygène, et continue de brûler à une température pouvant atteindre 816 degrés », explique un rapport d’Human Rights Watch (HRW). « Cette substance brûle jusqu’à ce qu’elle disparaisse, en provoquant des brûlures du second ou du troisième degré (qui peuvent atteindre les os) sur toutes les parties exposées des personnes touchées par les particules », complète une synthèse du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), en 2009.   Le danger est par ailleurs persistant, les munitions laissant des résidus qui peuvent s’éteindre provisoirement puis se rallumer spontanément s’ils sont remis en contact avec l’air. « À Gaza, précise HRW, nous avons vu des gens mourir de façon tragique, car les médecins ne savaient pas que leurs brûlures avaient été causées par du phosphore blanc et n’ont donc pas pu leur apporter des soins adaptés. »   Les images des tirs laissent supposer que ces munitions ont été tirées depuis des avions, sans que l’on puisse établir avec certitude qui les a larguées. A Mossoul, le commandement de la Coalition anti-EI prétend que les projectiles ne sont pas du phosphore blanc, mais des fumigènes, destinés à protéger des tirs de snipers les civils qui tentent d’échapper au secteur de la ville toujours tenu par l’EI.